Ce qui m'affecte particulièrement dans l'actualité du monde, au delà des morts et des atrocités commises, c'est le cynisme qui rend ces horreurs possibles.
Comment nous constatons que ceux qui tuent aujourd'hui furent armés hier par les amis (ou prétendus tels) de leur victimes. Ainsi, pour ne pas coller trop à l'actualité, des talibans armés par les États-Unis en Afghanistan.
Lire "Bas les armes" de Bertha von Suttner a été pour moi l'occasion d'une mise en perspective.
Cette femme autrichienne a milité toute sa vie pour la paix et a d'ailleurs obtenu le prix Nobel de la paix en 1905.
Ce que je retiens de son copieux roman, c'est le décalage entre le discours sur la guerre et la réalité de la guerre. Le discours fait de la guerre une chose inéluctable, avec quelque chose d'un peu romantique et qui offre de belles occasions de se distinguer. La réalité, dans le livre, est faite de charniers, de blessés qui agonisent dans leurs déjections.
Pourtant, le discours est tenu par les militaires eux-mêmes qui sont les premiers témoins des hécatombes. Il ne suffit donc pas de voir, ni même de vivre. "J'y étais!" n'est pas un argument suffisant.
La plupart du temps, nous parlons sur le monde sans même le voir, le sentir, le vivre. C'est vrai même de ceux qui sont au coeur des événements.
Parce que nous vivons dans la fiction, presque ignorants du réel.
C'est en cela que la posture "d'épochè" n'est pas toujours facile à tenir : observer les situations débarrassé de tout préjugé théorique, en s'en tenant au phénomène devant nous.
Mais, dans nos vies et dans le monde, c'est la voie pour sortir l'humanité de la fange sanglante où elle tolère trop souvent de se vautrer...