Ce petit groupe que j'animais avait vécu un séminaire éprouvant.
Le
processus, dans ce séminaire, avait amené les participants à partager
auprès de leurs collègues des choses qu'ils n'auraient pas formulées
ainsi, s'ils avaient été prévenus de ce partage.
Les demandes d'ajustement, toujours de leur point de vue, se sont heurtées à l'intransigeance de l'animatrice.
Nous
avons fixé des règles, disait-elle, nous devons les respecter. Une des
règles est que nous parlons les uns après les autres dans l'ordre que
nous avons fixé.
Lorsque
ce groupe me raconte cette histoire, ou plutôt me la montre dans une
mise en situation, mon rôle n'est pas de savoir si c'est vrai ou non, ou
à quel point c'est vrai ou non. Force est de constater, pourtant, que
le groupe désigne une « mauvaise » personne, entièrement responsable de
la situation. Je ne peux m'empêcher de faire le parallèle avec ce que
j'ai vécu personnellement quand ce même groupe m'a accueilli
fraîchement, parce que nombre des participants ne souhaitaient pas être
là et avaient le sentiment de perdre leur temps.
Moi
aussi, je me suis raidi ; moi aussi, je me suis accroché au cadre,
alors que cette non-envie générait des comportements inattentifs et un
peu dissipés. Je sais cela de moi que je peux devenir plus rigide, voire
cassant. J'ai, de façon imparfaite évidemment, tenté d'imposer ma
présence et de gagner leur attention. Au moins, il fallait essayer !
À
la fin de mon animation, plusieurs ont manifesté leur insatisfaction.
J'ai imaginé que j'allais rejoindre la longue cohorte des animateurs
insuffisants...
Ce
n'est pas seulement de projection qu'il est question ici. Bien sûr, que
je suis insuffisant ; bien sûr, que je suis imparfait, parfois
maladroit, parfois rigide. Mais je le suis d'autant plus qu'on me laisse
seul avec tout cela, que personne ne vient en cours de route m'alerter
sur ce qui manque ou sur ce qui est en trop. Il s'agit ici de cette
forme de projection inconsciente où les personnes voient chez l'autre ce
qu'elles ne reconnaissent pas en elles-mêmes. C'est très pratique pour
ne pas se sentir responsable des situations que nous traversons, mais
très inefficace pour améliorer notre existence.
Mais,
parfois, nous ne savons pas faire autrement. Parfois, c'est ce genre de
comportement, difficile à endurer pour les tierces personnes — j'en
atteste personnellement — qui seul permet au groupe de survivre.