Je déteste les théories du complot.
Les complotistes m'exaspèrent.
Mais un article du New York Times, relaté par Courrier international vient de me faire voir les choses autrement.
Voici
déjà quelques années, par une journée ensoleillée, je passe non loin de
mon domicile de l'époque sur la place Léon Blum à Paris.
J'avise un passant qui photographie le ciel en s'exclamant :
— Ah la la, qu'est-ce qu'ils nous balancent dessus aujourd'hui !
Je
lève les yeux et je comprends immédiatement qu'il parle des
𝑐ℎ𝑒𝑚𝑡𝑟𝑎𝑖𝑙𝑠, les traînées d'avion supposées être des épandages
de produits chimiques pour empoisonner et endormir les populations.
Je
tente sans succès un début de conversation avec l'homme, puis je m'en
vais, agacé par ce qui m'apparaît comme un discours irrationnel, jetant
de l'huile sur le feu sur le mécontentement général, jetant de l'huile
sur le feu de la violence qui couve dans la société, le tout sur des
bases irrationnelles.
Voilà qui illustre mon sentiment vis-à-vis des théories du complot.
Et puis je lis ce matin même, lundi 1er décembre, cet article
𝐶𝑒
𝑞𝑢𝑒 𝑙𝑒𝑠 𝑒-𝑚𝑎𝑖𝑙𝑠 𝑑𝑒 𝐽𝑒𝑓𝑓𝑟𝑒𝑦 𝐸𝑝𝑠𝑡𝑒𝑖𝑛
𝑟𝑒́𝑣𝑒̀𝑙𝑒𝑛𝑡 𝑑’𝑢𝑛𝑒 𝑒́𝑙𝑖𝑡𝑒 𝑎𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑐𝑎𝑖𝑛𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑎
𝑝𝑒𝑟𝑑𝑢 𝑝𝑖𝑒𝑑
Un article du New York Times traduit de l'anglais dans Courrier international.
Dit
brièvement, l'auteur Anand Giridharadas exprime combien l'affaire
Epstein relève la collusion entre les élites américaines et le mépris
que ces élites manifestent vis-à-vis du peuple 𝑑'𝑒𝑛 𝑏𝑎𝑠.
Elles
circulent en jet privé à des kilomètres d'altitude, s'appuient les unes
sur les autres, même entre opposants politiques, pour conserver leurs
privilèges, monétiser leur prestige et se protéger contre les revers de
fortune, par exemple judiciaires.
Et puis, dit-il :
𝐷𝑎𝑛𝑠
𝑐𝑒𝑡𝑡𝑒 𝑒́𝑝𝑜𝑞𝑢𝑒 𝑠𝑎𝑡𝑢𝑟𝑒́𝑒 𝑑𝑒 𝑡ℎ𝑒́𝑜𝑟𝑖𝑒𝑠 𝑑𝑢
𝑐𝑜𝑚𝑝𝑙𝑜𝑡, 𝑦 𝑐𝑜𝑚𝑝𝑟𝑖𝑠 𝑎̀ 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑜𝑠 𝑑’𝐸𝑝𝑠𝑡𝑒𝑖𝑛,
𝑢𝑛𝑒 𝑖𝑛𝑡𝑢𝑖𝑡𝑖𝑜𝑛 𝑡𝑟𝑎𝑣𝑒𝑟𝑠𝑒 𝑙𝑒 𝑝𝑎𝑦𝑠. 𝐸𝑡 𝑒𝑙𝑙𝑒
𝑛’𝑒𝑠𝑡 𝑝𝑎𝑠 𝑓𝑎𝑛𝑡𝑎𝑠𝑞𝑢𝑒 : 𝑙’𝐴𝑚𝑒́𝑟𝑖𝑞𝑢𝑒 𝑑𝑜𝑛𝑛𝑒
𝑠𝑜𝑢𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑙’𝑖𝑚𝑝𝑟𝑒𝑠𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑑𝑒 𝑛𝑒 𝑝𝑎𝑠 𝑒̂𝑡𝑟𝑒
𝑔𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟𝑛𝑒́𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙’𝑖𝑛𝑡𝑒́𝑟𝑒̂𝑡 𝑑𝑒 𝑙𝑎
𝑚𝑎𝑗𝑜𝑟𝑖𝑡𝑒́ 𝑑’𝑒𝑛𝑡𝑟𝑒 𝑛𝑜𝑢𝑠.
𝑇𝑜𝑢𝑟𝑛𝑒𝑟
𝑒𝑛 𝑟𝑖𝑑𝑖𝑐𝑢𝑙𝑒 𝑐𝑒𝑢𝑥 𝑞𝑢𝑖 𝑐𝑟𝑜𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑢𝑥
𝑐𝑜𝑚𝑝𝑙𝑜𝑡𝑠 𝑟𝑒𝑣𝑖𝑒𝑛𝑡 𝑎̀ 𝑚𝑒́𝑝𝑟𝑖𝑠𝑒𝑟 𝑐𝑒 𝑞𝑢’𝑖𝑙𝑠
𝑡𝑒𝑛𝑡𝑒𝑛𝑡 𝑑’𝑒𝑥𝑝𝑟𝑖𝑚𝑒𝑟 : 𝑞𝑢’𝑖𝑙𝑠 𝑛𝑒 𝑠𝑒
𝑠𝑒𝑛𝑡𝑒𝑛𝑡 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑎𝑠𝑠𝑜𝑐𝑖𝑒́𝑠 𝑎̀ 𝑙𝑎 𝑑𝑒́𝑐𝑖𝑠𝑖𝑜𝑛
𝑐𝑜𝑙𝑙𝑒𝑐𝑡𝑖𝑣𝑒, 𝑝𝑙𝑢𝑠 𝑐𝑜𝑛𝑐𝑒𝑟𝑛𝑒́𝑠 𝑝𝑎𝑟 𝑙𝑒 𝑐ℎ𝑜𝑖𝑥
𝑑𝑒 𝑙𝑒𝑢𝑟 𝑎𝑣𝑒𝑛𝑖𝑟. 𝑄𝑢’𝑖𝑙 𝑠’𝑎𝑔𝑖𝑠𝑠𝑒 𝑑𝑢 𝑝𝑟𝑖𝑥
𝑑𝑒𝑠 œ𝑢𝑓𝑠 𝑜𝑢 𝑑𝑒 𝑙’𝑖𝑚𝑝𝑜𝑟𝑡𝑎𝑛𝑐𝑒 𝑎𝑐𝑐𝑜𝑟𝑑𝑒́𝑒
𝑎𝑢𝑥 𝑣𝑖𝑜𝑙𝑒𝑛𝑐𝑒𝑠 𝑠𝑒𝑥𝑢𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑠𝑢𝑟 𝑚𝑖𝑛𝑒𝑢𝑟𝑠,
𝑖𝑙𝑠 𝑝𝑒𝑟𝑐̧𝑜𝑖𝑣𝑒𝑛𝑡 𝑢𝑛𝑒 𝑖𝑛𝑑𝑖𝑓𝑓𝑒́𝑟𝑒𝑛𝑐𝑒
ℎ𝑎𝑢𝑡𝑎𝑖𝑛𝑒. 𝑈𝑛𝑒 𝑝𝑟𝑜𝑝𝑒𝑛𝑠𝑖𝑜𝑛 𝑎̀ 𝑑𝑒́𝑡𝑜𝑢𝑟𝑛𝑒𝑟
𝑙𝑒 𝑟𝑒𝑔𝑎𝑟𝑑.
Il est possible que nombre d'entre vous aient tiré depuis longtemps cette conclusion qui me vient aujourd'hui.
Parfois,
même si la forme discrédite à nos yeux un interlocuteur, quelque chose
se dit sous ses propos qui mérite d'être entendu.
Oui,
je continue de penser que la plupart des théories du complot sont
dénuées de fondement, mais je réalise que n'est pas dénuée de fondement
l'intention de ceux qui y croient.
Parfois,
c'est la seule façon de survivre dans un monde qui apparaît injuste et,
le dossier Epstein nous le prouve, qui est réellement injuste. Parfois,
c'est la seule façon de dire ce qui est inaudible.
C'est pourquoi, c'est un outil du conflit : entendre
Entendre ce qui se dit sous la forme, entendre le symptôme d'un mal profond.
Je
peux imaginer que, dans la vie, le photographe de la place Léon Blum,
pour parler vulgairement, s'en prenait plein la gueule et que, oui, la
vie lui en balançait pas mal dessus.
Se
focaliser sur les chemtrails est un moyen de survie pour localiser le
mal et éviter de sombrer dans l'impuissance et la dépression.
L'article
de Courriel international, réservé aux abonnés :
https://www.courrierinternational.com/long-format/analyse-ce-que-les-e-
mails-de-jeffrey-epstein-revelent-d-une-elite-americaine-qui-a-perdu-
pied_237815
L'article original : https://www.nytimes.com/2025/11/23/opinion/meaning-epstein-emails.html