Conflit et médiation
La médiation est un outil puissant. Mais comme tous les outils, elle peut faire des dégâts si on l'utilise dans les mauvaises situations.
On y recourt souvent avec les meilleures intentions, pour apaiser, pour réconcilier, pour éviter l'escalade. Et pourtant, il y a des configurations dans lesquelles proposer une médiation ne règle rien, et peut même aggraver les choses.
La médiation repose sur un présupposé fondamental : les deux parties sont en mesure de s'exprimer librement, d'égale à égale, dans un espace neutre. Dès que ce présupposé ne tient plus, le recours à la médiation devient discutable.
Un rapport hiérarchique marqué, une différence de statut, une asymétrie culturelle profonde, une relation dans laquelle l'une des personnes a peur de l'autre, suffisent à fausser l'exercice. La partie la plus faible ne dira pas ce qu'elle pense vraiment. Elle dira ce qu'elle croit pouvoir dire sans en payer le prix.
Et puis il y a les situations où la médiation n'est tout simplement pas appropriée. On ne fait pas une médiation entre un agresseur et sa victime. Ce serait demander à la victime de "trouver sa part" dans ce qui lui a été fait, de "comprendre le point de vue" de celui qui lui a fait du mal. C'est une violence supplémentaire, peut-être plus grande encore que la violence initiale, enveloppée dans le langage bienveillant du dialogue.
Dans ces situations, ce qu'il faut n'est pas un médiateur. C'est une autorité qui nomme ce qui s'est passé, qui protège, qui sanctionne si nécessaire.
La médiation est faite pour les conflits. Pas pour la violence.